Sommes nous prêts à un internet disponible à heure fixe ?

Bon nombre d’entreprises d’hébergement web prétendent que leurs serveurs fonctionnent avec de l’énergie renouvelable. Cependant, même lorsqu’elles produisent de l’énergie solaire sur place et qu’elles ne se contentent pas de « compenser » leur consommation d’énergie fossile en plantant des arbres ou autres, leurs sites Web sont toujours en ligne.

Lorsqu'on étudie la consommation des Datacenters, le problème de l'uptime vous saute à la figure. Les intervenants du documentaire "Internet : la pollution cachée" sur cette question résument la chose prosaïquement : on ne supporterait plus qu'un site tombe en panne, pas plus qu'on ne supporterait un crash d'avion. En vérité, l'exigence du consommateur ne supporte aucun délai dans une vision néocapitaliste tournée vers la vente à tout prix. Est-ce pour cela qu'on dit que les pertes financières seraient considérables si un datacenter s'arrêtait ?

Prenons Amazon, le plus grand magasin du monde. Est-ce que la page qui m'est affichée est impressionnante techniquement ? Pas vraiment, les services qui m'y sont proposés sont assez simples, je peux lire la description du produit (quand on la trouve), voir les photos, consulter les prix. La facture énergétique monte pour des fonctionnalités que je n'ai pas forcément demandées : suggestions pour me faire acheter plus, avis plus ou moins pertinents, place de marché pour me faire acheter sur ce site même s'ils n'ont pas de stock, gestion de mes envies futures, et surtout beaucoup de publicité et d'incitations. Nous sommes loin de ces applications aux algorythmes subtils qui nous disent penser à notre place, là il ne s'agit que de pousser des produits devant le consommateur.

Si Amazon s'arrêtait une heure par jour, est-ce que cela annulerait mon besoin de livre, de cartouche d'imprimante, de pile ou de brosse à dents ? Pas vraiment. Les entreprises du Web 2.0 manient le greenwashing tant qu'ils peuvent, pour nous faire croire que leurs produits sont plus vertueux. Comme le dit Philippe Bihouix, aucune entreprise ne peut aujourd'hui annoncer un renoncement à la course au profit : quand les actionnaires ne sont pas derrière, ce sont les employés qui veulent davantage des augmentations que d'améliorer la planète. L'interdépendance des systèmes rend toute rupture d'une singularité inimaginable...

Et pourtant... D'intrépides professionnels nous proposent maintenant des serveurs qui fonctionneraient à l'énergie solaire. Comme toute énergie renouvelable naturelle, elle n'est pas générée à volonté. Son stockage est difficile. Son approvisionnement non maîtrisé. Par conséquent, on nous met en garde : le site ne pourra pas être disponible tout le temps. On nous indiquera même des heures où la consultation est meilleure. Cette déclaration toute simple fait naître en moi d'apres conflits. Par quelle lacheté je suis entré dans le camp de ceux qui estiment qu'on devrait avoir accès à un site en permanence ? Peu de situations exigent en vérité qu'on ait une information sur le champ. Certes, répondre à ses amis, à son conjoint, à ses enfants serait plus difficile que de s'en référer à la sainte "4G", juste le temps de s'apercevoir qu'à trop se fier à Internet, on y a sacrifié une bonne partie de ses capacités mémorielles.

Qui des possesseurs de smartphones, seraient prêts à couper ses données mobiles une partie de la journée, voire ne les autoriser que trois fois par jour ? Aux réponses, vous entreverrez l'ampleur du problème.

Non, la plupart du temps, rien ne justifie qu'on paie pour des services accessibles à toute heure du jour et de la nuit. En France particulièrement, n'a-t-on pas fait ritournelle que de se plaindre des heures d'ouverture de nos administrations mal aimées ? Alors, pourquoi ne pourrait-on pas planifier une heure pour faire nos courses internet, et une heure pour faire nos recherches ? Comme le précise Low Tech Magazine, pour les informations vraiment pertinentes, qu'on veut pouvoir relire à loisir, le papier reste un moyen plus écologique et disponible que l'informatique. La faute aux campagnes contre la déforestation si nous sommes terrorisées à l'idée d'imprimer une feuille ou d'acheter un livre. Savoir quel comportement entre consommer du papier ou de l'internet serait préférable n'a guère d'internet : comme souvent, le problème n'est pas de consommer plus vert, mais de moins consommer. Faisons un régime de mots, et si vraiment les idées des autres nous manquent tant, allons parler à nos vieux.